Bernard Lesfargues

Bernard LESFARGUES est décédé le 23 février 2018, il avait notamment traduit « La Maison verte » de Mario Vargua Llosa.

C ’était un homme aussi discret que reconnu. Un professeur agrégé d’espagnol, traducteur, essayiste, éditeur, poète aussi, bref, une sommité. Bernard Lesfargues, 93 ans, est décédé vendredi matin à la maison de repos du château de Bassy, à Saint-Médard-de-Mussidan. Au printemps 2016, retiré dans la maison familiale d’Église-Neuve-d’Issac, il célébrait l’entrée dans la collection de la Pléiade du grand écrivain péruvien Mario Vargas Llosa, dont il a notamment traduit « la Maison verte ». À coup sûr l’aboutissement d’une carrière de linguiste qui ne s’est toutefois pas limitée à la stricte traduction de l’espagnol. Car Bernard Lesfargues était un occitaniste revendiqué, lui dont la mère fut présidente du groupe folklorique des Abeilles bergeracoises

Il faut imaginer le jeune Bernard, s’entichant d’occitan, cette contrée linguistique d’un autre temps qu’il quadrillera, solide bagage universitaire en main, avant de faire découvrir aux lecteurs français les grands noms de la littérature ibérique.

Récompensé en Catalogne

Professeur au lycée du Parc, à Lyon, Bernard Lesfargues traduit de l’espagnol une dizaine de livres pour les éditions Gallimard, Le Seuil, Plon et autres Actes sud. Dont « La Maison verte », qui révèle en 1969 Vargas Llosa, et « La Relation de voyage », de l’explorateur Cabeza de Vaca. « C’était un grand connaisseur de langues romanes et le plus grand spécialiste de la langue catalane jusqu’à ces jours-ci », dit le Bergeracois Christian Régnier, lui aussi linguiste et notamment traducteur d’Arturo Perez Reverte.

De fait, Bernard Lesfargues s’emploie à traduire « La Gloire incertaine » de Johan Sales, entre autres grands noms de la littérature catalane, à une époque où l’Espagne de Franco interdit l’usage de cette langue. Les intéressés lui en sauront gré : en 1999, il est décoré de la Croix de Sant Jordi, plus haute distinction de la Généralité de Catalogne, par son président d’alors Jordi Pujol.

Quelques prix plus tard, en janvier 2015, c’est une bibliothèque du centre-ville de Barcelone qui est inaugurée à son nom.

Bernard Lesfargues fut aussi un « petit » éditeur à la tête de Fédérop, maison reprise depuis bientôt vingt ans par Bernadette Paringaux. Poésie, nouvelles, contes, romans, ethnologie, sociologie, récits occitans : il y a de tout dans les 160 titres publiés alors. Des textes de dimension internationale, de surcroît.

Une anecdote qui vaut bien des discours : basé à Église-Neuve-d’Issac, Fédérop était le seul éditeur français à avoir publié le poète espagnol Vincente Aleixandre lorsque celui-ci se voit attribuer… le prix Nobel en 1977. « Gallimard a racheté, en catastrophe, les droits dans la nuit », rapporte Annie Delpérier, présidente de l’Académie des lettres et des arts du Périgord, dont Bernard Lesfargues fut le prédécesseur dans les années 2000.

Un défenseur du patrimoine

Un ardent défenseur de l’occitan, donc et du patrimoine local : à la fin des années 90, il milite à la tête d’associations, comme "Taillefer", à Villamblard, ou "Les Amis de la chapelle de Tresséroux", aux Lèches, édifice du XIIe siècle, restauré et immanquable sur la route de Mussidan.

Et l’intéressé ne manquait pas de répondre aux sollicitations. « Dès qu’on avait une ‘‘ journée du livre’’, on allait le chercher. Et il répondait toujours présent, peut-être au détriment de son œuvre personnelle », souffle Annie Delpérier. Des poèmes en occitan et en français distillés, « parfois sur l’insistance de ses amis », dans quelques recueils.

« Peut-être 2018 sera l’année où on voudra bien se souvenir de lui à Bergerac. »